L'UFML écrit une lettre ouverte aux médecins de France

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par le dr jérôme marty, président de l'ufml 
Jerome Marty2

Mon cher confrère,

Marisol Touraine vient de présenter son avant-projet de loi santé : Tiers Payant Généralisé, augmentation du pouvoir des ARS, conventionnement régional, professions intermédiaires, secteur privé sous délégation de service public.... Notre ministre vient d'annoncer, le sourire aux lèvres, la FIN DU PEU DE LIBERTE ET D’INDEPENDANCE QU'IL RESTAIT aux professions médicales.

L'UFML depuis sa création se bat pour redonner aux médecins cette envie de relever la tête et de se battre. Marisol Touraine a pour ambition de détruire la médecine libérale et, plus précisément, de briser ce qui rendait les médecins ingouvernables et incontrôlables : leur individualisme et leur capacité à refuser de marcher au pas en privilégiant le soin à l’intérêt politique du moment.

80% des médecins sont contre le Tiers Payant généralisé. Elle va donc étendre celui-ci à l'ensemble de la médecine de ville ! Parallèlement, elle va "territorialiser" le secteur sanitaire, jusqu'à mettre en place des discussions conventionnelles régionales. Les ARS dont les pouvoirs étaient déjà inversement proportionnels à leur capacité d'écoute des professionnels vont voir ces pouvoirs encore renforcés. L'imposition des lieux d'implantation professionnelle fera flores... Parallèlement toujours, il n'est pas délirant de penser que les lettres clés flottantes (modulation tarifaire en fonction des dépenses) feront leur réapparition, alors même que les réseaux de soin se mettront en place...

Les médecins seront donc : sous Tiers Payant Généralisé, assujettis aux organismes payeurs, obéissants dans leurs pratiques comme dans leurs prescriptions, dès lors sous dépendance économique. Eléments d'équipes pluridisciplinaires aux responsabilités diluées jusqu'à faire disparaître la fonction. Médecins objets dans les mains des administratifs qui les placeront là où l'idéologie du moment créera le besoin. Est-ce cela que vous voulez ?

L'UFML est contre cela, totalement contre ! Relevons la tête, le mépris à 23 euros cela suffit ! N'acceptons pas de livrer notre avenir aux mains de responsables politiques dont l'incurie a entraîné le 25 05 2014. Cela suffit ! Le système sanitaire français ne doit pas être aux mains d'incompétents, il est de notre rôle, de notre responsabilité d'empêcher cette folie.

L'UFML appelle au rassemblement de tous. D'abord contre la Stratégie Nationale de Santé, ensuite pour construire ensemble, selon la voix de la profession et des acteurs de soin, au travers d'Etats généraux de la Santé pilotés par la profession, le système sanitaire de demain.

Les experts du système, c'est nous ! Pour avoir oublié cette simple évidence, nous avons laissé s'installer la loi HPST, ses délires administratifs et la disparition du pouvoir décisionnel médical, nous avons laissé le pouvoir aux ARS, HAS et autres agences, nous avons accepté la dictature de la pensée d'économistes politisés, nous avons regardé notre profession s'enfoncer jusque dans le lit du ruisseau. Nous avons baissé les yeux, courbé le dos sous le mépris tarifaire, les insultes répétées des responsables institutionnels dont celles de notre ministre : médecins qui prescrivent trop, mal, ne se forment pas, médecins cupides, nantis, voleurs, délinquants, racistes, profiteurs aux études payées par la Nation, responsables des inégalités sociales en santé, des déserts médicaux....

Pour avoir oublié cette simple évidence, nous avons, sans rien faire, vu nos confrères partir, usés, sans possibilité de succession et de capitalisation, nous en avons vu d'autres déplaquer, être frappés par le burn-out, se donner la mort... Et, alors que nous avions oublié cette évidence, alors que nous ne voulions plus faire face à nos responsabilités, nous avons construit nos faiblesses, détruisant les murs qui protégeaient nos professions, jusqu'à normaliser et institutionnaliser le mépris dans le langage politique sanitaire...

Reprenons la main sur nos avenirs ! Nous sommes médecins, ne laissons pas d'autres intérêts que ceux du soin, qu'ils soient financier, politique ou idéologique, orienter le système sanitaire. Cela suffit ! Les experts du système c'est nous ! Nous sommes médecins, nous sommes debout, de plus en plus nombreux. Chacun de vous doit jouer son rôle, chacun de vous doit dire stop, chacun de vous doit se lever et résister.

Bien confraternellement,

Dr Jérôme Marty

Président de l'UFML

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Commentaires (1)

  • Invité (Jean-François HUET)

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    Bonjour,

    Je reçois régulièrement la revue "Décision Santé" que je me donne rarement la peine de lire
    (ce qui est une erreur) En voyant en couverture la photo de Colette Bec "Professeure de sociologie à l'Université René Descartes, j'ai décidé de passer outre à ma fainéantise naturelle et je me suis intéressé à l'article "Droits des pauvres pauvres droits" rapportant son interview par un journaliste de la revue.
    J'ai été frappé par plusieurs choses:
    1° la pertinence des questions du journaliste (pas si fréquente)
    2° la finesse et la précision de l'analyse historique faite par le Professeur Bec (enseignante émérite)
    3° le caractère TERRIFIANT et désespérant de ses réponses.


    L'analyse indigente du système d'assurance maladie qui est faite par les syndicats médicaux les responsables du Ministère et de l'Ordre des médecins se nourrit d'un conditionnement social d'une durée d'un siècle délivré par les "penseurs" socialistes et dispensé sous la forme d'un enseignement systématiquement gauchisant comme celui dont est responsable Madame Colette BEC auprès de ses étudiants de l'Université René Descartes ou elle enseigne la sociologie

    Au lieu d'essayer d'imaginer une refonte de la protection sociale qui fasse mieux que la "sécu" de Pierre Laroque, les idéologues, autoproclamés détenteurs de la seule pensée sociale possible, se désolent de la rupture avec les illusions sociales développées au début du siècle dernier et en espèrent vainement le retour
    Notre actuelle ministre de la santé est marquée à vie par cette culture .
    Son parti pris pour l'hôpital public et son mépris pour les libéraux en attestent.

    Prônée par les "inventeurs " de la Sécurité Social "L'organisation collective de la liberté individuelle par le biais d'un assujettissement social" est un oxymore responsable d'une erreur conceptuelle historique de la protection sociale,fondé sur l'obtention de droits engageant la collectivité sans aucune référence à la responsabilité individuelle . La fonction de tiroir caisse de la sécu est donc logiquement la seule qui ait survécu au paradigme initial
    Aucune "liberté" n'a jamais été conquise par le biais d'un "assujettissement" quelconque fut-il social, n'en déplaise aux fondamentalistes du système dit solidaire comme madame Colette BEC, il en explique au contraire la perte. La réalité n'a que faire des oxymores même déclamés avec une conviction militante.

    Force est de constater que ce système ne se maintient envers et contre tout que par la contrainte et non par l'exercice d'une liberté .80% des professionnels de santé désapprouvent la politique de santé menée au nom de la conservation de notre modèle social délétère.
    Les français qui ne croient pas davantage dans la solidarité étatisée épargnent massivement et aident leurs proches devant la faillite d'un système de protection sociale qui par ailleurs les ruine.
    La définition de droits de plus en plus spécifiques pour les diverses cohortes d'inadaptés sociaux en lieu et place d'une véritable lutte contre les origines de la pauvreté et des inégalités est la conséquence logique d'un défaut de conception de la protection sociale , et non d'un défaut de son fonctionnement


    Ce qui démontre s'il en était encore besoin que nos critiques ne doivent pas épargner les fondements du système dit solidaire et que nous devons cesser de valider.
    Avoir inclus les dépenses liées à la protection sociale et l'assurance maladie dans les dépenses publiques en déshérence, a pour conséquence inévitable leur lecture budgétaire restrictive

    La liberté sociale est déontologiquement moralement et économiquement pertinente.

    Jean-François HUET

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