SUNSET BOULEVARD

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par le pr jean françois schved, vice-doyen, délégué aux relations internationales
laboratoire d'hématologie
chu montpellier

adhet" They call the Rising Sun

And it’s been the ruin of many poor boy

And God, I know, I’m one ".

Auteur Inconnu

interprété par The Animals

 

Sunset Boulevard est cette célèbre artère de Los Angeles, longue de trente-neuf kilomètres, qui descend depuis Hollywood jusqu’à la côte Pacifique. Popularisé par un film mémorable de Billy Wilder sorti en 1950 et oscarisé, ce Boulevard du Crépuscule tire son nom du coucher de soleil que l’on peut y admirer en l’empruntant en fin de journée.

Avant d’aller assister à la plongée de l’astre solaire dans le plus grand océan terrestre, le médecin français aura la chance de profiter, toute sa carrière durant, de la lumière que, ses autorités tutélaires lui offrent maintenant, pompeusement rebaptisée Sunshine Act : Acte de la Lumière Solaire. Pardonnez du peu. De quoi s’agit-il ? D’une circulaire du 29 mai 2012, relative à l’application de l’article 2 de la loi du 29 décembre 2011. Le propos est encore sombre ? Nous y arrivons. La loi du 29 décembre, promulguée quatre jours après Noël, était dénommé « dispositif anti-cadeaux. » Elle visait les médecins, ces grands enfants qui certes ne croient plus depuis des décennies au Père Noël, mais se font honteusement acheter par l’industrie pharmaceutique grâce à de somptueux cadeaux. Citons :« Le dispositif « loi anti-cadeaux » a quant à lui pour but le contrôle des liens de certaines professions de santé (médecins, pharmaciens…). Il assure que les professionnels de santé, dans le choix qu’ils font d’un médicament, d’un matériel ou d’une prestation pris en charge par les régimes obligatoires de sécurité sociale, ne soient guidés que par des considérations d’ordre médical. » La gauche se devait de faire mieux que la droite et ajouta le dispositif « transparence ». « Le dispositif « transparence », en permettant l’accès des citoyens aux informations qu’il vise, leur assure une appréciation objective des relations entre professionnels de santé et industrie. Il contribue ainsi à dissiper tout soupçon éventuel quant à l’indépendance notamment des professionnels de santé, des sociétés savantes et de la presse spécialisée, à l’occasion de la révélation de faits de nature à entacher la nécessaire confiance entre le citoyen, usager du système de santé, et les acteurs de ce système de santé. »

Résumons : nous allons empêcher les médecins de se faire acheter par l’industrie pharmaceutique et nous allons faire savoir à tout le monde qui les achète. Le dispositif transparence précise que « les avantages qui doivent être rendus publics peuvent être en nature comme les cadeaux, les dons de matériels, les invitations, les frais de restauration ou la prise en charge de voyages d’agrément ». La somme pour laquelle un médecin peut se faire acheter est incroyablement basse : « Les avantages dont le montant est supérieur ou égal à dix euros toutes taxes comprises (TTC) entrent dans le champ de ce dispositif de transparence. »

Dans leur volonté de défense absolue de la langue Française (la circulaire est d’ailleurs écrite dans un bien pauvre Français), incapables d’imagination sauf lorsqu’il s’agit de fustiger le corps médical et l’ensemble des professions de santé – car la loi s’applique à toute la santé : médecins pharmaciens, infirmières, aides-soignantes, ambulanciers, ergothérapeutes, etc… - , nos politiques ont appelé cette circulaire  Sunshine Act, terme pompeusement imbécile emprunté aux Américains. Le soleil va enfin briller sur le degré de pourriture de tous ceux qui ont choisi de s’occuper de la santé des autres.

Certes, il n’est question que de santé. La transparence ne saurait s’appliquer aux liens que les gouvernants et dirigeants de toute nature (députés, maires, sénateurs, conseillers et présidents de région, conseillers généraux et leur président …), gérants de l’argent publique, peuvent avoir avec des bureaux d’études, avec des agences et sociétés immobilières, avec de grands groupes financiers et industriels, avec des banques, avec des entreprises de BTP ou … avec des laboratoires pharmaceutiques. Sans oublier – ou plutôt en prenant bien soin d’oublier – les liens sources d’influence découlant de la fréquentation commune de divers cercles, réseaux et mouvements de pensée. Fidèle à sa longue tradition, le politique s’exonère et accuse.

Le ministère de la santé est devenu la fameuse « House of the rising sun », qui, littéralement, se traduit par « Maison du soleil levant ». Les anglophones, découvriront que ce terme au début du XXème siècle, a été utilisé comme un euphémisme pour désigner une maison brillant plus par sa tolérance que par sa transparence, et qu’en terme cru on appelle un bordel.

Professeur Jean-François Schved

Président de l'ADHET : Association pour le Développement de l'Hématologie et de la Transfusion

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